Tourner un plan de drone qui tiendra au montage

01.08.2026

Beaucoup de films d'entreprise s'ouvrent sur un aérien qui ne raccorde à rien. Vous décidez du sort de ce plan au repérage, pas en vol : trajectoire, durée, direction, raccord avec les plans au sol. Nos repères de tournage et de montage, et les contraintes de terrain qui vont avec.

Beaucoup de films d'entreprise s'ouvrent sur un plan aérien. Le lieu vu de haut, en glissé lent, quatre secondes avant le premier plan au sol. On a un large qui tient la route, on le met en tête, et le dérushage s'arrête là.

Un aérien tourné sans intention de montage ne se raccorde à rien. Il reste une carte postale posée devant le film, et le spectateur le voit avant nous.

Nous pilotons nos drones nous-mêmes, avec la certification correspondante. Aucun des points ci-dessous ne se règle par le matériel.

Ce que chaque trajectoire raconte, indépendamment du lieu filmé.

Cinq mouvements couvrent l'essentiel de ce qu'on tourne, chacun avec un sens propre.

La révélation : le sujet apparaît de derrière une crête, un toit, une rangée d'arbres. Elle produit une information au lieu de la donner d'emblée, et elle tient en ouverture.

La poussée : on entre dans la scène, quelque chose commence. Elle demande un point d'arrivée net, sinon le plan flotte.

Le recul : on quitte le sujet, le décor s'ouvre. Mouvement de fin. En ouverture, vous fermez le film avant de l'avoir commencé.

L'orbite : on tourne autour d'un sujet fixe pour l'isoler. Elle fonctionne sur un bâtiment ou une machine, elle devient gratuite sur un groupe de personnes.

La plongée verticale à 90° : elle supprime la profondeur et l'échelle. Bonne en transition graphique, mauvaise pour situer un lieu.

Révélation, poussée, recul, orbite et verticale autour d’un même lieu.

Illustration isométrique montrant cinq mouvements de drone autour d’un bâtiment industriel.
Une trajectoire utile porte une information et prépare déjà son raccord.

Durée utile, points d'entrée et de sortie, sens du mouvement.

Dans un film institutionnel, un aérien dépasse peu quatre à six secondes. Au-delà, le montage perd son rythme. Chaque trajectoire doit donc pouvoir se couper proprement.

En pratique : trois secondes de mouvement établi avant le moment utile, trois secondes après. Un drone qui accélère ou décélère dans le plan ne se coupe pas.

On tourne chaque trajectoire deux fois, une lente et une rapide. Vous ne choisissez la vitesse qu'au montage, une fois les plans au sol posés.

La direction du mouvement prolonge le plan précédent. Si le sujet marche vers la droite, le drone part vers la droite. Un aérien qui contredit la direction du plan d'avant casse le raccord, même quand l'image est belle.

Le plan est tourné avec ses marges avant d’être choisi et coupé au montage.

Illustration isométrique reliant un pilote de drone, un bâtiment filmé et une station de montage.
Le mouvement commence avant le moment utile et continue après lui.

Lumière, focale et son : trois points de rupture avec le reste du tournage.

Un drone ne fournit aucun son exploitable. Le dialogue et le témoignage restent au sol. L'aérien travaille sur la musique, l'ambiance ou la voix off.

La lumière casse le raccord la première. Quarante minutes d'écart entre les plans au sol et le vol, et la colorimétrie ne suit plus, quel que soit l'étalonnage. Nous plaçons les vols dans la même fenêtre horaire que le tournage sol, pas en fin de journée quand il reste du temps.

Le grand-angle du drone déforme et écrase. Sur un plan proche du sujet, la focale longue raccorde mieux avec le reste du tournage. C'est le principal usage des téléobjectifs embarqués : garder le même langage optique que la caméra principale.

Question de dosage : un aérien tous les cinq à six plans au maximum. Au-delà, vous livrez une démonstration de matériel.

Même direction, même lumière, même échelle de sujet.

Illustration isométrique montrant un drone et une caméra au sol filmant la même personne.
L’image aérienne rejoint les plans au sol. Le son utile, lui, reste avec l’équipe terrestre.

Un vol haut paraît lent : le premier plan corrige.

À quatre-vingts mètres, plus rien ne semble bouger, faute d'élément proche pour donner une référence. Le même déplacement à dix mètres du sol, en frôlant un arbre ou une toiture, paraît trois fois plus rapide.

Voler bas et vite rend davantage qu'un vol haut et lent, au prix d'un repérage sérieux. C'est là que passe le temps de préparation.

L'échelle humaine disparaît au-delà d'une cinquantaine de mètres. Si le film doit faire reconnaître une personne ou lire une activité, on descend et on resserre. Un aérien qui transforme les gens en points ne documente rien.

La hauteur ralentit le mouvement apparent ; la proximité lui rend sa dynamique.

Illustration isométrique comparant un drone haut au-dessus d’une zone industrielle et un drone volant près d’un arbre et d’une toiture.
Sans repère proche, le déplacement paraît lent et l’échelle humaine disparaît.

Log, ND et recadrage : la marge en post.

On tourne en D-Log ou HLG 10 bits, avec des ND pour tenir un obturateur à 1/50. Sans filtre, le mouvement devient net et saccadé, et l'étalonnage ne le rattrape pas.

Le ciel décide de l'exposition. Le capteur tient une plage dynamique correcte, mais on expose pour les hautes lumières : un ciel cramé ne revient pas, une ombre bouchée se récupère en partie.

Tourner en 6K pour livrer en 4K laisse une marge de recadrage. Elle sert à corriger une trajectoire imparfaite ou à sortir un format vertical sans second vol.

L'essentiel du travail d'étalonnage porte sur le raccord avec la caméra principale. Petit capteur, optique et traitement interne différents : sans LUT de conversion et ajustement manuel, l'aérien se repère à l'oeil.

Ordre de grandeur pour cadrer un projet.

Durée utile d'un aérien au montage4 à 6 secondes
Marge à tourner avant et après3 secondes de chaque côté
Hauteur maximale, catégorie ouverte120 m
Distance minimale des tiers en A230 m, ou 5 m en mode basse vitesse
Règle du 1 pour 1distance horizontale au moins égale à la hauteur de vol
Survol d'un rassemblementinterdit en catégorie ouverte
Assurance RC obligatoire dès 250 g1 mio CHF minimum
Codec de tournageD-Log ou HLG 10 bits, ND obligatoires

Ce qui doit être réglé avant le jour du tournage.

Nous volons enregistrés comme exploitant, avec le certificat de télépilote correspondant et l'identification à distance active. L'assurance responsabilité civile atteint 1 million de CHF au minimum, obligatoire dès 250 grammes.

En catégorie ouverte, trois limites structurent le plan de travail : 120 mètres de hauteur, vol à vue permanent, interdiction de survoler un rassemblement de personnes. En sous-catégorie A2, il faut tenir 30 mètres des personnes non impliquées, ou 5 mètres en mode basse vitesse, avec la règle du 1 pour 1 dès qu'on monte.

Le reste relève de la catégorie spécifique et demande une autorisation de l'OFAC : survol d'un public, vol au-dessus de 120 mètres, vol hors vue directe. Comptez plusieurs semaines de démarches avant le tournage.

Le pilotage en immersion (FPV) reste possible en catégorie ouverte avec un observateur qui suit le drone à l'oeil nu et communique avec le télépilote. Sans lui, le vol bascule en catégorie spécifique. Prévoyez la personne au budget.

Notre filtre de repérage.

1. Que montre ce plan qu'un plan au sol ne montrerait pas ?

2. Où se coupe-t-il, et sur quel plan enchaîne-t-il ?

3. Le mouvement va-t-il dans la direction du plan précédent ?

4. Quel élément au premier plan donnera la sensation de vitesse ?

Sans les quatre réponses, le plan rejoint les rushes qu'on ouvre une fois avant de les archiver.

Références réglementaires et techniques.

OFAC, règles de vol applicables aux drones : bazl.admin.ch/fr/regles-vol-drones

OFAC, catégorie spécifique et autorisations d'exploitation : bazl.admin.ch/fr/categorie-specifique

Règlement d'exécution (UE) 2019/947, applicable en Suisse depuis le 1er janvier 2023

Allianz Suisse et AXA : obligation d'assurance RC dès 250 g, 1 mio CHF

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